La Chine est le centre du monde, la Mongolie son nombril, l´Islande en serait-elle le cœur ?
Si du sang scandinave et celte coule dans les veines des Islandais, de la lave islandaise coule dans tous les pays du monde et c´est certainement ce qui fait que ce désert de pierres et ses paysages quasi lunaires ne laissent insensible pas plus l´Asiatique, que le Sud-Américain, l´Africain ou le Vosgien.
Ce jeune pays de 17 millions d´années fait figure de creuset où l´homme est infiniment petit et la nature immense.
Quel plaisir de traverser la Mongolie, le Tibet, le Wadi-Rum, l´Atlas, l´Auvergne, le Colorado, la Norvège ou encore la Bretagne sur 103 000 km2 de terre perdus dans l´Atlantique nord.
Le premier homme était noir, le premier sable aussi !
Ici pas d´identité géologique à affirmer, le sable noir épouse la neige immaculée des glaciers, les terres rouges se mélangent au vertes argiles, les mousses fluorescentes enveloppent les champs de lave, le feu d´Hadès réchauffe les maisons des hommes tandis que le toit des fermes fait corps avec les prairies que tente d´écraser le pied des falaises.
La nature islandaise est rebelle à l´image du volcan Eyjafjallajökull en mars dernier.
La faune et la flore bravent, elles, ce cheval tectonique*, rien d´étonnant donc que les chevaux d´Islande n´aient rien à envier aux arrogants selles de France, ou aux prétentieux purs sangs arabes ou anglais ; non, ces petits chevaux trottent dans les montagnes seuls et fiers.
Les moutons, quant à eux, parsèment l´île volcan comme autant de morpions albinos le pubis d´une pucelle aventurière.
Les cygnes s´arrachent de leur vol lourd et lent et se regroupent avant de migrer, tandis que dans le ciel les V des oies tracent déjà l´arrivée de l´automne dans cette fin d´août.
Si les arbres se font rares, les fleurs discrètes, mousses et autres bruyères gagnent lentement du terrain, transformant le paysage au gré des éruptions et de l´érosion.
Et le ciel dans tout ça ?
Les Islandais disent que si le temps ne te convient pas, alors attend 10 mn !
Parfois, les nuages se posent sur le rivage océanique et ne font plus qu´un avec les plages, les glaces, les herbes usées et infatigables, puis, au détour d´un fjord, une langue glacière vient vêler ses icebergs dans un lac sans fond et un ciel sans fin.
En Islande, pas de peuple « originel » arrivé par un détroit gelé ou un radeau de balsa il y a 10 000 ans, non, ici, les premiers habitants à deux pattes furent les Irlandais évangélistes et les Vikings païens vers 800 avant J.C.
Vous dire que mes quelques gouttes de sang irlandais ont frémi et que mon paganisme a ressurgi pour me faire tomber en amour de ce tas de cailloux ne vous étonnera donc pas. Vous dire que je ferais volontiers « ma blonde » de ce toit du monde non plus, et si je vous dis encore que les étincelles qui jaillirent de mon cœur pour cette terre frôlèrent également un fixeur d´image catalan ?
La tête dans les nuages, les pieds sur la lave de Skaftafell, les yeux parcourant le tout en écoutant le bel Ibère, je me sentais déjà partager mes rêves transatlantiques.
Ah ! Comme j´espère me réincarner en troll au pays des glaces et venir habiter près de Eldgjà où je fonderais une famille avec un Elfe ; nous adopterions un géant et un nain orphelins ...
Je divague, je digresse, j´écris comme je parle, bien trop vite :-)
Continuant ma route d´est en ouest, pareil au soleil qui, lui, commence à nous quitter, nous longeons la côte à dos de bus, mon chaperon rouge et moi, droit vers le 2 septembre. La pluie, cette garce, se fait compagne de route, s´infiltrant trop bien et trop loin dans les recoins vestimentaires aux noms pourtant imperméables et chers.
Arrivés à Vik le jour dit, nous partons derechef vers le but bisannuel, le pèlerinage au lieu chaque fois renouvelé. Haletant, grimpant, cueillant fleurettes et cerfeuil sauvage, nous bravons tempête et falaise pour atteindre le bord du bout de ce monde avec pour seuls témoins des moutons hébétés, tout comme nous. Je lance mon maigre bouquet tradition dans le vent rugissant. Pour toi Mysanne.
Nouveau jour, nouveau bus, nouvelle route. Nous arrivons dans la baie des fumées après une nuit à sécher dans l´auberge de Skogàr. Le mauvais temps s´est calmé, nous promenons nos pieds une dernière fois dans les rues Capitale, nous laissons nos corps fatigués détrempés dans la lagune couleur de lait bleu, le visage masqué de silicate comme des aborigènes perdus hors de leur monde. Mes pensées s´évaporent dans les vapeurs brûlantes du hammam volcanique, la fin se rapproche du début.
Comme ce voyage sur cette terre aride et rude m´aura rendu heureux et comme le bonheur chez moi s´accompagne toujours d´un vague à l´âme ! Je crois que quand je ne pourrai plus voyager, je me ferai alcoolique, je sombrerai dans mes rêves, je me libérerai de mes chaînes cérébrales, je pourrai enfin avoir un point commun avec mes héros, les Kerouac, Léotard, Verlaine et Gomes-Arcos ...
Absinthe, viens à mon secours, ou plutôt Pontarlier
Allez, laissons là les gémissements, les langueurs boréales et les nostalgies maternelles, je reprends ma route car le temps n´est pas encore venu des points communs.
Je dois encore m´envoler pour Copenhague, Paris la nuit, la Bretagne, le Canada, Lyon, Thônes, Bédarieux et peut-être Barcelone, car les rêves, les miens, ont cette naïveté car, comme pour les Trolls et les Elfes, j´y crois très fort.
Reykjavik, 5 septembre 2010
Les commentaires récents